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1801

LA FLEUR

Charles MILLEVOYE

Fleur charmante et solitaire Qui fus l'orgueil du vallon, Tes débris jonchent la terre Dispersés par l'aquilon.

La même faux nous moissonne ; Nous cédons au même dieu ; Une feuille t'abandonne, Un plaisir nous dit adieu.

Hier, la bergère encore, Te voyant sur son chemin, Disait : « Fille de l'Aurore, Tu m'embelliras demain. »

Mais sur ta tige légère Tu t'abaissas lentement ; Et l'ami de la bergère Vint te chercher vainement.

Il s'en retourne et soupire : « Console-toi, beau pasteur ! Ton amante encor respire, Tu n'as perdu que la fleur.

« Hélas ! et ma jeune amie Ainsi que l'ombre a passé ; Et le bonheur de ma vie N'est plus qu'un rêve effacé.

» Elle était aimable et belle, Son pur éclat s'est flétri, Et trois fois l'herbe nouvelle Sur sa tombe a refleuri. »

A ces mots sous la ramée Je suis ma route, et j'entends La voix de ma bien-aimée Me redire : « Je t'attends. »

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