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1801

LA FEUILLE DU CHÊNE

Charles MILLEVOYE

Reposons-nous sous la feuille du chêne. Je vous dirai l'histoire qu'autrefois, En revenant de la cité prochaine, Mon père, un soir, me conta dans les bois :

(O mes amis, que Dieu vous garde un père ! Le mien n'est plus.) — De la terre étrangère, Seul dans la nuit et pâle de frayeur, S'en revenait un riche voyageur.

Reposons-nous sous la feuille du chêne. Un meurtrier sort du taillis voisin. O voyageur ! ta perte est trop certaine, Ta femme est veuve et ton fils orphelin.

« Traître, a-t-il dit, nous sommes seuls dans l'ombre ; Mais près de nous vois-tu ce chêne sombre ? Il est témoin : au tribunal vengeur Il redira la mort du voyageur ! »

Reposons-nous sous la feuille du chêne. Le meurtrier dépouilla l'inconnu ; Il emporta dans sa maison lointaine Cet or sanglant, par le crime obtenu.

Près d'une épouse industrieuse et sage, Il oublia le chêne et son feuillage ; Et seulement, une fois, la rougeur Couvrit ses traits, au nom du voyageur.

Reposons-nous sous la feuille du chêne. Un jour enfin, assis tranquillement Sous la ramée, au bord d'une fontaine, Il s'abreuvait d'un laitage écumant.

Soudain le vent fraîchit ; avant l'automne, Au sein des airs la feuille tourbillonne ; Sur le laitage elle tombe… O terreur ! C'était ta feuille, arbre du voyageur.

Reposons-nous sous la feuille du chêne. Le meurtrier devint pâle et tremblant : La verte feuille et la claire fontaine, Et le lait pur, tout lui parut sanglant.

Il se trahit, on l'écoute, on l'enchaîne ; Devant le juge en tumulte on l'entraîne : Tout se révèle, et l'échafaud vengeur Apaise enfin le sang du voyageur.

Reposons-nous sous la feuille du chêne.

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