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1801

LA DEMEURE ABANDONNÉE

Charles MILLEVOYE

Elle est partie ! hélas ! peut-être sans retour ! Elle est partie ; et mon amour Redemande en vain sa présence. Lieux qu'elle embellissait, j'irai du moins vous voir !

A sa place j'irai m'asseoir, Et lui parler en son absence. De sa demeure alors je reprends le chemin ; La clef mystérieuse a tourné sous ma main.

J'ouvre… elle n'est plus là : je m'arrête, j'écoute… Tout est paisible sous la voûte De ce séjour abandonné. De tout ce qu'elle aimait je reste environné.

L'aiguille qui du temps, dans ses douze demeures,- Ne marque plus les pas, ne fixe plus le cours, Laisse en silence fuir ces heures Qu'il faut retrancher de mes jours.

Plus loin, dans l'angle obscur, une harpe isolée, Désormais muette et voilée, Dort, et ne redit plus le doux chant des amours. Sous ces rideaux légers, les songes, autour d'elle

Balançant leur vol incertain, Des souvenirs du soir charmaient, jusqu'au matin, Le paisible sommeil qui la rendait plus belle, Sur ce divan étoile d'or,

Qu'inventa l'opulente Asie, De ses cheveux je crois encore Respirer la pure ambroisie. Je revois le flambeau qui prés d'elle veillait,

A l'instant où sa main chérie Traça dans un dernier billet Ces mots : « C'est pour toute la vie… » Mots charmants ! Oh ! déjà seriez-vous effacés ?

Ne resterait-il plus à mon âme flétrie Qu'un regret douloureux de mes plaisirs passés ?

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