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1801

L'ANNIVERSAIRE

Charles MILLEVOYE

Hélas ! après dix ans je revois la journée Où l'âme de mon père aux cieux est retournée. L'heure sonne : j'écoute… O regrets ! ô douleurs ! Quand cette heure eut sonné, je n'avais plus de père.

On retenait mes pas loin du lit funéraire ; On me disait : « Il dort ; » et je versais des pleurs. Mais du temple voisin quand la cloche sacrée Annonça qu'un mortel avait quitté le jour,

Chaque son retentit dans mon âme navrée, Et je crus mourir à mon tour. Tout ce qui m'entourait me racontait ma perte : Quand la nuit dans les airs jeta son crêpe noir,

Mon père à ses côtés ne me fit plus asseoir, Et j'attendis en vain à sa place déserte Une tendre caresse et le baiser du soir. Je voyais l'ombre auguste et chère

M'apparaître toutes les nuits ; Inconsolable en mes ennuis, Je pleurais tous les jours, même auprès de ma mère Ce long regret, dix ans ne l'ont point adouci !

Je ne puis voir un fils dans les bras de son père Sans dire en soupirant : « J'avais un père aussi ! » Son image est toujours présente à ma tendresse. Ah ! quand la pâle automne aura jauni les bois,

O mon père ! je veux promener ma tristesse Aux lieux où je te vis pour la dernière fois. Sur ces bords que la Somme arrose, J'irai chercher l'asile où ta cendre repose :

J'irai d'une modeste fleur Orner ta tombe respectée, Et sur la pierre, encor de larmes humectée, Redire ce chant de douleur.

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