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1801

DANAÉ

Charles MILLEVOYE

La nuit règne ; les vents assiégent en furie La nef où Danaé va, dans la sombre mer, Périr avec son fils, le fils de Jupiter ! Danaé de ses bras l'environne, et s'écrie :

« Nous ne reverrons plus les rivages d'Argos ; Mon père nous condamne aux ombres éternelles. Aimable et cher enfant, dors, bercé par les flots ; Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles !

» O mon fils ! tu ne crains ni le courroux des vents, Ni la nuit sans clarté, ni la vague sonore ; Ton doux et jeune cœur se rit des flots mouvants Qui passent sur ton front sans le toucher encore.

Ah ! si tu comprenais nos dangers et nos maux, Tu sentirais aussi mes alarmes mortelles. Mais non… dors, mon enfant ; dors, bercé par les flots ; Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles !

» Tyndarides brillants, dont l'éclat toujours pur Des turbulentes mers blanchit le noir azur, O célestes Gémeaux, que le nocher révère ! Ce fils d'un sang divin, n'est-il pas votre frère ?

De Danaé plaintive écoutez les sanglots : Veillez sur nous du haut des voûtes éternelles. Et toi, dors, mon enfant ; dors, bercé par les flots ; Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles !

» Cyclades, chastes sœurs, qui flottez sur la mer, Et couronnez au loin les flots bruyants d'Égée ! Je me confie à vous : du fils de Jupiter Attirez sur vos bords la barque protégée.

Sers une autre Latone, ô palmier de Délos ! Étends sur nous aussi tes feuilles immortelles. Et toi, dors, mon enfant ; dors, bercé par les flots ; Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles !

» N'ai-je point découvert sur les flots aplanis Tes enfants balancés mollement dans leurs nids, Fille du dieu des vents, tutélaire Alcyone ? N'ai-je pas entendu ta plainte monotone ?

Au nom de ton Céix englouti dans les eaux, Que la docile mer se calme sous tes ailes ! Et toi, dors, mon enfant ; dors, bercé par les flots ; Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles !

» Déesse aux pieds d'albâtre, orageuse Thétis, Du souverain des dieux, toi, fille auguste et chère ! Tu sais, hélas ! quels pleurs coûtent les jours d'un fils ; Mère, prête l'oreille aux plaintes d'une mère. »

Thétis entend sa voix, et dit : « Nymphes des eaux, Confiez leurs destins aux Cyclades fidèles ! Et toi, dors, jeune enfant ; dors, bercé par les flots ; Vagues, dormez ; dormez, souffrances maternelles ! »

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