C'était dans la Chalcide. A ses festins funèbres Ganictor, appelant tous les chantres célèbres, Pleurait Amphidamas ; et des jeux solennels Achevaient d'apaiser les mânes paternels.
Trois fois la nuit sacrée a fait place à l'aurore, Et le cirque poudreux vient de s'ouvrir encore. Les lutteurs sont armés de leurs cestes pesants ; L'huile coule à flots d'or sur leurs membres luisants,
Cependant que, jaloux d'un glorieux salaire, Les chars ont déployé leur course circulaire. Mais les derniers rayons du troisième soleil Vont d'un combat plus noble éclairer l'appareil :
Nouveaux Automédons ! d'une main empressée Sur les essieux brûlants jetez l'onde glacée ; Vers la crèche abondante emmenez les coursiers, Et séchez vos sueurs aux flammes des foyers.
Que de ses longs efforts l'athlète enfin respire. Et vous, peuple ! écoutez : les maîtres de la lyre, Hésiode encor jeune, Homère déjà vieux, Se disputent le prix des chants harmonieux.
Du laurier d'Hippocrène une branche sacrée S'agite dans la main du poëte d'Ascrée ; En ces mots il commence, et ses nobles chansons De la lyre jamais n'empruntèrent les sons.
« Sur le mont des neuf Sœurs je portais la houlette, Elles vinrent un jour, au milieu des troupeaux, Saluer le pasteur du doux nom de poète ; Je visitai leur temple et portai leurs bandeaux.
» Une nuit, je rêvai que l'oiseau du tonnerre, Vers les bords du Mélès se jouant avec moi, M'emportait aux confins des cieux et de la terre, Et me disait : «La terre et les cieux sont à toi. »
» Filles de Mnémosyne, augustes immortelles, O Muses ! vous serez mes dernières amours. Heureuse est la demeure où reposent vos ailes ! La palme et l'olivier l'ombrageront toujours.
» Honneur au roi des dieux ! Autant le haut Gargare Surpasse les rochers enfoncés dans la mer ; Autant l'Olympe altier surmonte le Tartare ; Autant parmi les dieux domine Jupiter.
«Les Muses, vers le soir, entrelaçant leur danse, Couronnent l'Hélicon de leur groupe joyeux ; Ou, montant vers l'Olympe, elles vont en cadence Savourer le nectar dans la coupe des dieux.
» Jupiter ne meurt point ; le sang de l'hécatombe Jamais ne rougira le marbre de sa tombe ; Sur sa tombe jamais les coursiers indomptés N'iront briser les chars dans la lice emportés.
« Et nous, mortels promis à l'empire des ombres, Nous verrons avant peu le nocher des enfers, Et les dormantes eaux du fleuve aux rives sombres, Qui seul de son tribut n'enrichit point les mers.
» Au terme inévitable à grands pas je m'avance : Des travaux et des jours tu chantas l'ordonnance Pour moi, faible vieillard que le temps a glacé, Les travaux sont finis et les jours ont cessé.
» Fils du Mêlés ! la voix, prodige d'harmonie, Est celle du vieux cygne aux sons mélodieux ; L'Olympe est ton domaine, et ton puissant génie Pénètre librement dans le conseil des dieux.
Et toutefois., des maux épuisant l'urne amère, Mendiant repoussé de palais en palais, Tu maudiras la vie et le jour où la mère Reçut l'embrassement de l'amoureux Mêlés.
» Pontife d'Hélicon ! tes vers sont l'ambroisie Que la charmante Hébé verse aux banquets du ciel Aux rives d'Olmius, la docte Poésie A laissé sur la bouche un rayon de son miel.
Redoute cependant les fêtes d'Ariane ; Crains l'amour, crains l'Eubée et ses flots ennemis ! Ta dernière heure est proche : invoqué par Diane, Jupiter Néméen aux Parques t'a promis. »
Ils cessaient ; mais la foule autour d'eux réunie Se plut à prolonger ce combat d'harmonie. Homère alors chanta, d'une sublime voix, Les peuples immolés aux querelles des rois,
La Discorde attelant les coursiers de la guerre, L'Injure aux pieds d'airain foulant au loin la terre, Et la Grèce, d'Achille embrassant les genoux. Hésiode redit sur un mode plus doux
Le gai Printemps séchant les larmes des Hyades ; Les sept filles d'Atlas, les timides Pléiades, Sur le front du Taureau s'élevant dans les airs ; Le Soleil en vainqueur parcourant l'univers,
Et les Mois, les Saisons, dans leur marche ordonnée, Suivant à pas égaux la route de l'année. Il rappelait à l'homme instruit par ses leçons Les jours chéris des dieux, les soins dus aux moissons,
Ils cessaient ; mais la foule autour d'eux réunie Se plut à prolonger ce combat d'harmonie. Homère alors chanta, d'une sublime voix, Les peuples immolés aux querelles des rois,
La Discorde attelant les coursiers de la guerre, L'Injure aux pieds d'airain foulant au loin la terre, Et la Grèce, d'Achille embrassant les genoux. Hésiode redit sur un mode plus doux
Le gai Printemps séchant les larmes des Hyades ; Les sept filles d'Atlas, les timides Pléiades, Sur le front du Taureau s'élevant dans les airs ; Le Soleil en vainqueur parcourant l'univers,
Et les Mois, les Saisons, dans leur marche ordonnée, Suivant à pas égaux la route de l'année. Il rappelait à l'homme instruit par ses leçons Les jours chéris des dieux, les soins dus aux moissons,
Le prix du temps, les fruits de l'austère sagesse, Et les dons renaissants de la Bonne Déesse. Ganictor, né timide, et dans la paix nourri, Aux belliqueux accords n'était point aguerri ;
Il décerna la palme aux hymnes pacifiques : Une noire brebis, deux trépieds magnifiques, Du prêtre d'Apollon payèrent les talents. Homère, un vain laurier ceignit tes cheveux blancs !…
Le vainqueur, aux regards de la foule assemblée, Du sang de la brebis dans le cirque immolée Apaise avant le temps la Junon des enfers ; Et les riches trépieds aux Muses sont offerts.
Le vieillard se dérobe aux louanges stériles. Un enfant de Samos guide ses pas débiles ; Et tous deux, sans regrets quittant ces bords ingrats, Vont chercher de» amis, qu'ils ne trouveront pas.
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