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1890

[no title]

Éphraïm MIKHAËL

LE ciel, ce soir, est un rideau de fière pourpreLE ciel, ce soir, est un rideau de fière pourpre Et d’or féroce et d’orageuses broderies.Et d’or féroce et d’orageuses broderies. Écoute ! au delà des champs on entend sourdreÉcoute ! au delà des champs on entend sourdre Je ne sais quel bruit de magiques cavaleries.Je ne sais quel bruit de magiques cavaleries.

Peut-être le rideau solennel et sanglantPeut-être le rideau solennel et sanglant Va s’ouvrir, brusquement déchiré de lumière,Va s’ouvrir, brusquement déchiré de lumière, Et les chevaux cabrés, les grands chevaux fauves et blancs,Et les chevaux cabrés, les grands chevaux fauves et blancs, Comme une écume d’or secouant leurs crinières,Comme une écume d’or secouant leurs crinières,

Vont peut-être jaillir hors des clartés terriblesVont peut-être jaillir hors des clartés terribles Tels que des monstres élancés des eaux marines.Tels que des monstres élancés des eaux marines. Des conquérants viendront vers le doux pays tristeDes conquérants viendront vers le doux pays triste Où l’air trop calme est alourdi de trop de rêve ;Où l’air trop calme est alourdi de trop de rêve ;

Ils viendront, brandissant joyeusement les glaives,Ils viendront, brandissant joyeusement les glaives, Comme des vendangeurs ivres agitent des thyrses.Comme des vendangeurs ivres agitent des thyrses. Ils souffleront dans les clairons triomphants,Ils souffleront dans les clairons triomphants, Dans les grandes cornes de cuivre et d’ivoire ;Dans les grandes cornes de cuivre et d’ivoire ;

Dans les buccins et les olifantsDans les buccins et les olifants Ils souffleront éperdument vers les victoires.Ils souffleront éperdument vers les victoires. Et dans les conques prises aux plagesEt dans les conques prises aux plages Ils sonneront l’appel évocateur des îlesIls sonneront l’appel évocateur des îles

Qui parfument les mers de fruits mûrs et d’aromatesQui parfument les mers de fruits mûrs et d’aromates Et fleurissent au loin l’eau des golfes tranquilles.Et fleurissent au loin l’eau des golfes tranquilles. Ils chanteront des chants farouches d’allégresse,Ils chanteront des chants farouches d’allégresse, Ils frapperont avec leurs poings lourdsIls frapperont avec leurs poings lourds

La porte mal close qui garde la tourLa porte mal close qui garde la tour Où nous sommes captifs de nos seules paresses.Où nous sommes captifs de nos seules paresses.

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