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1890

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Éphraïm MIKHAËL

J’ai vécu dans mon rêve au milieu des guerrières, Dont les cothurnes d’or foulaient les lys domptés ; Des cris sacrés sortis des féeriques clairières Couvraient pour moi la voix des mauvaises cités.

Avec leurs boucliers étoiles d’améthystes, Avec leurs étendards ardents et parfumés, J’ai vu les bataillons des amazones tristes Qui pleuraient de tuer les grands lions charmés.

De mes flèches d’argent j’ai combattu la guivre Pendant tout un long jour de soleil et de sang ; Mais ivre de légende et dédaigneux de vivre, Je n’avais pas pleuré sous le baiser puissant.

Voici que vous venez des pays de la vie ; Les roses du matin saignent dans vos doigts blancs. C’est l’aurore ! voici que la forêt ravie Tressaille sous vos pas victorieux et lents.

Vous venez du pays des sœurs et des épouses, Simple et forte parmi les halliers enchantés ; Vous chassez le troupeau des princesses jalouses Et vos yeux ont vaincu les magiques clartés.

Vous avez pris ma main dans l’ombre merveilleuse Et je vous suis vers la lumière des vivants ; Car votre jeune chair splendide et glorieuse A jeté pour toujours son parfum dans les vents.

Vos lourds cheveux couleur de soir et de vendanges Ont avec leurs parfums humilié les fleurs ; Vous êtes comme un ciel fleuri d’astres étranges Dont la bonne clarté caresse nos douleurs.

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