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1890

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Éphraïm MIKHAËL

Les navires épris du large et du soleil Cinglent là-bas vers les îles surnaturelles ; Leurs rostres d’or, comme des becs de tourterelles, Déjà mordent gaîment dans l’horizon vermeil.

Les jeunes passagers en simarres de soie Faisaient chanter la flûte et les doux violons ; Des femmes dénouaient vers l’eau leurs cheveux blonds Pour mirer dans la mer la splendeur de leur joie.

Et leurs chapeaux de fleurs emportés par les vents S’effeuillèrent parmi l’écume du sillage. D’autres ont très longtemps vers notre triste plage Envoyé des baisers railleurs et décevants.

Et des couples d’amants charmés et d’amoureuses Nous faisaient en fuyant des signes de la main, Et des bannières pavoisaient tout le chemin Jusqu’au port d’où sortaient les galères heureuses.

Mais nous, silencieux dans le jardin dormant, Loin de la mer, parmi les pâles fleurs blessées, Nous écoutions chanter nos mauvaises pensées, Et nous avons pleuré mystérieusement.

Car la grille de fer qui garde nos parterres Ne tournera jamais sur ses gonds enchantés. Nous resterons, même en nos soirs de voluptés, Les paisibles captifs et les doux solitaires.

Le grand air du lointain, l’air imprégné de sel Jamais, — ô calme sœur ! — n’emplira nos poitrines. Quand nous voulons crier vers ces fêtes marines, Une brise divine égare notre appel.

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