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1890

L’Hiérodoule

Éphraïm MIKHAËL

Dans le triomphe bleu d’un soir oriental Elle s’accoude avec une lente souplesse Au rebord lumineux de la terrasse, et laisse Ses cheveux étaler leur deuil sacerdotal.

La ville sainte aux toits baignés de lueurs blanches Est pleine de rumeurs d’épouvante, et là-bas, Dans le Bois pollué par le sang des combats, Des feux semblent des yeux cruels entre les branches.

Les hommes durs venus de pays innommés Fouleront ce matin le sol du sanctuaire ; Près des murs, attendant l’aurore mortuaire, Veillent, silencieux, des cavaliers armés.

Et vers le ciel pareil aux cuirasses brunies Que hérissent des clous brillants, leur rude main Lève de longs buccins d’or qui seront demain Les annonciateurs sacrés des agonies.

Des femmes, leurs seins nus caressés de clartés, Dans de grands parcs plantés d’hiératiques chênes S’attardent à rêver des souillures prochaines Et s’apprêtent pour les mauvaises voluptés.

Mais, dédaignant le songe humain des vils désastres, L’hiérodoule au cœur d’éternel diamant Dans la suprême nuit regarde éperdument L’hiver du ciel blanchi par le givre des astres.

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L’Hiérodoule · Éphraïm MIKHAËL · Poetry Cove