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1890

Impiétés

Éphraïm MIKHAËL

Dans la haute nef qui frissonne toute Au bruit triomphal de l’hymne chanté, Un étrange évêque, au cœur plein de doute, Officie avec somptuosité.

Il chante — que Dieu soit ou non, qu’importe ? Qu’importe le ciel sévère ou clément ? — Impassible, il chante, et de sa main forte Lève l’ostensoir solennellement.

Mais — tandis qu’au loin sa narine avide Quête les parfums du saint encensoir — Il songe, en son âme infidèle et vide, Qu’il est beau, tenant ainsi l’ostensoir ;

Que, sur son manteau de pourpre, rutile Une gloire large et de divers ors, Comme le soleil que le soir mutile Luit sur le charnier des nuages morts.

Il songe qu’un peuple obscur le contemple, Qu’au fond d’un brouillard lourd de senteurs, l’œil Voit uniquement dans la nuit du temple L’Évêque splendide en son rouge orgueil.

Et, les yeux emplis d’ivresse extatique, Le prêtre, usurpant au Christ défié L’hommage royal du dévot cantique, Sur l’autel qu’il sert s’est déifié.

Chère, je t’ai dit des messes hautaines, Sans y croire, ainsi qu’un prêtre mauvais, Pour que le regard des foules lointaines Me trouvât très beau lorsque je levais

— Évêque vêtu de fières étoffes — L’ostensoir des vers aux riches splendeurs, Et je n’agitais l’encensoir des strophes Que pour m’enivrer avec ses odeurs.

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