Il est nuit, la lune se lève ; Dans l’ombre montent des concerts ; Le vent agite comme un rêve La cime des peupliers verts.
Des chemins creux et des ravines Sortent de naïves chansons, Et dans la mousse des ruines Bruissent des chœurs de grillons.
De la profondeur des feuillées, Le rossignol, à pleine voix, Lance des notes par volées Sous la voûte ombreuse des bois.
Rossignols et brises, Fleurs d’or, mousses grises, Lierre verdoyant, C’est fête dans l’herbe ;
L’été fait sa gerbe, Chantez doucement. Bientôt toutes les herbes folles Tomberont devant les faucheurs ;
Peur eux sont les fraîches corolles Comme l’oiseau pour les chasseurs. Sous les grands hêtres, sous les chênes, On entend un crépitement :
C’est la sève qui, dans leurs veines, Circule et bout comme du sang. La nuit, la bête est moins timide ; Et la biche, au bord de l’étang,
Les pieds légers dans l’herbe humide, Va boire avec son jeune faon. Elle reverra cette rive Quand on sonnera l’hallali !
Son sang coulera, source vive, Sous le couteau d’acier poli. Rossignols et brises, Fleurs d’or, mousses grises,
Lierre verdoyant, C’est fête dans l’herbe ; L’été fait sa gerbe, Chantez doucement.
Dans un trou, sous la roche sombre, La louve allaite ses petits ; Elle les fait cacher dans l’ombre ! Les chasseurs fouillent tous les nids.
Elle sait qu’on poursuit sa race, Sans savoir pourquoi, toutefois, Ni pourquoi, quand l’hiver nous glace, La faim chasse le loup des bois.
Triste, la bête se lamente ; Elle hurle, et ses petits, tremblants, Innocents de l’œuvre sanglante, Poussent de longs gémissements.
Pleurent-ils l’étrange nature Qui fait tout vivre de la mort ? Chaque être n’est qu’une pâture, Et tout subit le même sort.
Rossignols et brises, Chantez doucement ; Fleurs d’or, mousses grises, Coteau verdoyant,
C’est fête dans l’herbe ; L’été fait sa gerbe. Chantez doucement.
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