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1900

CURTIUS

Louise MICHEL

Au milieu du forum s’ouvre un gouffre effrayant, Et l’invincible ville a peur en s’éveillant, Du sinistre miracle. L’oracle, consulté par les prêtres des dieux,

Dit : « Il faut ce que Rome a de plus précieux, » Et Rome croit l’oracle ! Le gouffre ouvert mugit comme un sombre océan, Rugit comme un lion et comme un ouragan.

Bouche du noir abîme, La nuit en sort, mêlée à de rouges lueurs, Oh ! c’est beau, s’il ne faut pour de telles horreurs Qu’une seule victime !

Citoyens, ce que Rome a de plus précieux, C’est ce jeune homme ayant dans l’éclat de ses yeux Tout le ciel d’Italie ; Dans le cœur, tout l’amour des austères Brutus

Pour la grande patrie. Approche, Curtius ! Ta vie est accomplie. Pourquoi pâlir, Romains ! Il est doux de mourir En sauvant son pays ; il fait bon s’endormir

Sous le cyprès civique. Et sur son cheval blanc, hennissant de terreur, Curtius, frémissant, s’écrie avec ardeur : « Vive la République ! »

Ils tombèrent tous deux : le cheval effrayant De terreur et couvert d’une écume de sang ; Le maître magnifique ! L’abîme se ferma ; mais sous terre on entend

La voix de Curtius, dans la nuit, répétant : « Vive la République ! » Rome encore parfois s’éveille à cet accent Et se lève soudain, tant il est menaçant,

Le crieur fatidique. Mais elle se rendort dans un songe accablant… Hélas ! ô Curtius, ta mort devait pourtant Sauver la République !…

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