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1900

CHANSONS D’OISEAUX

Louise MICHEL

Hirondelle qui viens de la nue orageuse, Hirondelle fidèle, où vas-tu ? dis-le-moi. Quelle brise t’emporte, errante voyageuse ? Écoute, je voudrais m’en aller avec toi,

Bien loin, bien loin d’ici vers d’immenses rivages, Vers de grands rochers nus, des grèves, des déserts, Dans l’inconnu muet, ou bien vers d’autres âges, Vers les astres errants qui roulent dans les airs.

Ah ! laisse-moi pleurer, pleurer, quand de tes ailes Tu rases l’herbe verte et qu’aux profonds concerts Des forêts et des vents tu réponds des tourelles, Avec ta rauque voix, mon doux oiseau des mers.

Hirondelle aux yeux noirs, hirondelle, je t’aime ! Je ne sais quel écho par toi m’est apporté Des rivages lointains ; pour vivre, loi suprême, Il me faut, comme à toi, l’air et la liberté.

Là-haut, sur les sapins sont de doux nids d’oiseaux ; Dans le bois ténébreux ce sont de noirs corbeaux. De la Germanie à l’Ukraine, Ils ouvrent leurs ailes au vent ;

Ils s’en vont jetant dans la plaine Leurs voix en rauque râlement. Pour eux la moisson est superbe ; Les morts sont là, semés dans l’herbe,

Ô noirs oiseaux, comme un froment. Allez, et dans les yeux pleins d’ombre, Ainsi qu’en des coupes, buvez ; Allez, corbeaux, allez sans nombre,

Vous serez tous désaltérés ; Puis, revenant à tire-d’aile, Au nid portez la chair nouvelle ; Vos doux petits sont affamés.

Allez, corbeaux, prenez sans crainte Ces affreux et sacrés lambeaux ; Contre vous n’ira nulle plainte ; Vous êtes purs, ô noirs oiseaux.

Allez vers les peuples esclaves, Allez semant le sang des braves, Qu’il germe pour les temps nouveaux ! Là-haut sur les sapins sont de doux nids d’oiseaux ;

Dans le bois ténébreux ce sont de noirs corbeaux.

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