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1900

À VICTOR HUGO

Louise MICHEL

Dans la poudreuse ornière, assis sur son vieux char, S’endormait le Génie, et l’antique nectar De ses dieux décrépits s’échappait des amphores. Le Pinde avait perdu tous ses échos sonores,

Et les jeunes sylvains et les zéphyrs ailés Dormaient sous les lauriers, près des faunes glacés, Quand vint un être étrange : il avait à la fois Tout l’amour dans son cœur, tout le ciel dans sa voix.

Tantôt elle semblait le tonnerre qui gronde, Tantôt se confondait avec la brise et l’onde. Sur l’aride granit semant le laurier, Et de son onde pure vainquant le dur acier.

Chaussant l’éperon d’or des hardis chevaliers, Il saisit le vieux char, fit bondir les coursiers, Et délivrant du frein leurs bouches écumantes, Livrant aux ouragans leurs crinières flottantes,

On le vit s’élancer, vainqueur audacieux, Plus avant que le gouffre et plus haut que les cieux, Et, passant dans l’orage et la nuée ardente, Jusque dans les soleils aller dresser sa tente.

Ainsi, poète, je te vois Au-dessus de nous tous, notre maître suprême ; Ainsi je crois en toi, comme au destin lui-même. C’est pourquoi j’ai besoin parfois

D’élever, tout à coup rêveuse, inquiète même, Mes colères d’enfant, de te les dire à toi, Et de demander compte à quelque obscure loi.

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