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1900

À VICTOR HUGO

Louise MICHEL

Quand le poète prend tous les cris de son âme, Tout le sang de son cœur, tout ce qu’il a de flamme, Tout ce qu’il a de beau, Il l’enferme en un chant ou de harpe ou de cuivre,

Dans la strophe grondante, et le met dans un livre Ainsi qu’en un tombeau. Et le livre s’emplit de visions nombreuses Qui s’éveillent dans l’ombre et montent radieuses

Au ciel mystérieux ! Chaque fois qu’une main vient soulever la page On les voit s’envoler, menant de plage en plage Leur vol audacieux.

Le noir chevet des morts, le gibet de l’esclave, Ô mon livre ! ont sur toi leur ombre triste et grave : Je te donne au banni. Va-t’en, livre fidèle, et parle-lui de France,

Et remplis en passant de rayons d’espérance Le profond infini.

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