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1900

À MADAME MARIANNE MICHEL

Louise MICHEL

Mère, pourquoi frémir quand je te dis mon rêve ? Le pêcheur endormi voit en songe la grève ; Moi, je vois je ne sais quel mirage lointain Qui se mêle à l’aurore, à la nuit, au matin.

Je suis toute en orage, et rien ne m’inquiète. Oh ! non, ne frémis pas : le laurier du poète Est souvent un cyprès ; mais les cyprès sont beaux, La vision rayonne à travers leurs rameaux.

Et puis rien n’y ferait, vois-tu, j’ai dans la tête, Dans l’âme, dans le cœur, une immense tempête. Te souviens-tu qu’enfant, j’entendis une voix, M’appeler dans la nuit une première fois ?

Rêve de troubadour, qui voit passer dans l’ombre Le mirage trompeur des visions sans nombre, Peut-être ! Et, cependant, une seconde fois, Ma croyance est ainsi, j’entendrai cette voix !

Raffermis donc ton cœur, ô mère, je t’en prie ! Qu’importe la fortune et qu’importe la vie À celui dont l’amour est par delà les cieux, Dans l’immense infini plein d’astres radieux.

Eh bien, oui, c’est folie à la pauvre âme humaine, Luciole jetant sa lueur incertaine, D’aimer les univers répandus dans l’espace, Tandis que, sur la terre, à peine elle a sa place.

Mais elle est faite ainsi d’amour toujours avide, Voulant l’éternité, dans sa course rapide. Pourquoi pleurer quand, seul, à ce vaste infini, Pourrait le disputer, mère, ton nom béni ?

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