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1900

À DES ENNEMIS

Louise MICHEL

Je suis le lion mourant, superbe et solitaire, Que la chasse poursuit jusque sur son rocher ; Je suis le lis brisé, tout couvert de poussière Par l’orage et les vents, et que d’un pied vulgaire

Foulent la chèvre errante et l’ignorant berger. Je suis l’aigle hardi, qui voit crouler son aire Dans l’horrible tourmente, et qui d’un plus haut lieu Que celui des éclairs écoute le tonnerre,

Exilé de trop haut pour jeter à la terre De ces pleurs indignés que dessèche le feu. Merci, car vous m’avez fait horreur de la terre ; J’ai trouvé pour vous fuir la route de l’azur.

Peu m’importent vos bruits, votre folle colère. Je vois, bien loin de vous, une phalange entière De fiers réformateurs, au front superbe et pur. Leur rêve est le mien même ; il est grand et sublime.

J’y vais à travers tout ! Leurs cœurs sont généreux Et les vôtres sont froids ; je m’en vais à la cime Autour de vous toujours tout est nuit et crime. Je m’en vais pour combattre et mourir avec eux.

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