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1900

À CEUX DE 92

Louise MICHEL

Dors en paix, Paul de Flotte, en ta tombe lointaine ! Les bataillons épars s’assemblent dans la plaine, Et le bruit du combat, par l’orage emporté, Berce ton lourd sommeil, comme le vent des grèves.

Dors en paix, noble cœur, et laisse errer tes rêves Sous l’aile de la Liberté ! Sur ta couche glacée, elle est, ombre géante, Comme au chevet d’un fils veille une mère aimante ;

D’un peuple qui s’éveille elle dit les succès ; Et sur ton froid tombeau, semant des palmes vertes, Quand des brumes du soir les plaines sont couvertes, Elle s’assied sous ton cyprès.

C’est là qu’elle repose un instant, solitaire, Comme l’aigle géant qui, du seuil de son aire, Domine la vallée, et plonge dans les bois ; C’est de là qu’on entend gronder ces cris sublimes,

Qui des Alpes, la nuit, frappant les hautes cimes, Au monde entier jettent sa voix, Souffle mystérieux qui sème sur le monde De l’urne des héros la poussière féconde ;

C’est pourquoi sur ton front ne tombent point nos pleurs : Qu’importe de mourir quand l’œuvre est accomplie ! Aussi sur ton cercueil ma muse recueillie N’aura que des chants et des fleurs.

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