Rouge en la cathèdre royale Parmi les trompettes de fer, Elle impose en reine d’enfer Ses lois à la gent déloyale.
D'un bandeau de pourpre à clous d’or S’écroule l’azur de ses boucles Jusqu’à ses doigts lourds d’escarboucles Qui serrent la clef du trésor.
Sur sa simarre à larges barres Rayonne au soleil des orfrois Le féroce blason des rois Qui massacrèrent les barbares.
Dans la salle des étendards C’est soir d’affolante épouvante ; Sur les routes il pleut et vente, Au gibet dansent les pendards.
Une trompette sonne et tonne Au haut de la tour du manoir, Et l'on entend au fond du noir Les pas du bourreau qui l'étonne.
Ce qu’oyant, le fou de la cour, Dont tinte en tremblant la marotte, Chante de sa voix qui chevrote Un ancien virelai d’amour.
Sur la couche à lourdes courtines Que froisse son singe badin, La Reine étrangle un baladin De ses étreintes serpentines.
Dans l’ombre des couloirs couverts D’où jaillit un éclair de bagues Sifflent, hors des fourreaux, les dagues Des pages pervers aux yeux verts.
Et les flambeaux chus des pilastres Ont mis feu, sous le veut des pas, Aux plis frissonnants des lampas Fleuris d'or comme les vieux astres.
C’est la révolte et les bûchers En la nuit de la décadence Où le peuple aux yeux jaunes danse Autour du tocsin des clochers.
Et du haut d’une hallebarde Où s’enroule un obscène écrit, La tète de la Reine rit Aux crachats sanglants de sa garde ;
Rit ! car en le secret trésor Qu'ont à jamais sacré les flammes, Sous la cendre des oriflammes Resplendit sa couronne d'or !
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