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1895

XI

Stuart MERRILL

Mon âme tant mal de s’endort, Sœur, au son de ta chanson nocturne : Un lys noir a fleuri dans l’urne, Le roi de ce pays est mort.

De lointains luths scandent tes paroles Que je ne comprends plus, ô ma sœur. Semez, mes mains, avec douceur Des étoiles et des corolles.

Oh ! du silence pour écouter Ce que soufflent les anges funèbres : Drapeaux du roi dans les ténèbres, L’heure des fous vient de tinter.

Des vols d’aigles tonnent sur ma tète Dont s’ensanglantèrent les regards : O mort, ouvre tes yeux hagards, Dans la tempête, à la conquête.

Mes rêves noirs ont pris leur essor Vers une ville à la tour penchée : Voici passer la chevauchée Des princes sous la lune d’or.

Oh ! des baisers, ma sœur, sur mes lèvres, Et tes mains sur mes yeux, ou je meurs : Tôt hurleront toutes les peurs Dans le rouge palais des fièvres.

Plus de lune ! mon âme s’endort, Tant folle, à cette heure taciturne : Un lys noir a fleuri dans l'urne, Le roi de ce pays est mort.

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