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1895

VIII

Stuart MERRILL

Roses trop rouges de mon désir, Je vous effeuille au bord de cette onde Où venait se mirer le Plaisir Sous son masque usé comme le monde.

Du bleu des monts où naît le matin Cent bateaux dont la poupe se bombe Se laissent voguer, lourds de butin, Vers la mer où le soleil succombe.

Mon âme amante des nénufars Voit passer devant elle la flotte Brave de clairons et d’étendards Sans ouïr l’appel du roi-pilote.

C’est demain le réveil en la mer Pour ceux-là qui descendent le fleuve. — Écoute les cloches de l’hiver, Qui sonnent pour les autres l'épreuve.

Et prie à genoux parmi les fleurs Roses trop rouges que tu tortures, Nénufars où pleurent tes douleurs. Pour tous les fous de ces aventures.

La nuit douce à tes souvenirs las Pose ses pas d’oubli sur la grève. Dors au pays des fleurs et des glas Et rêve que la vie est un rêve.

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VIII · Stuart MERRILL · Poetry Cove