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1895

VI

Stuart MERRILL

Je suis ce roi des anciens temps Dont la cité dort sous la mer Aux chocs sourds des cloches de fer Qui sonnèrent trop de printemps.

Je crois savoir des noms de reines Défuntes depuis tant d’années, O mon âme ! et des fleurs fanées Semblent tomber des nuits sereines.

Les vaisseaux lourds de mon trésor Ont tous sombré je ne sais où, Et désormais je suis le fou Qui cherche sur les flots son or.

Pourquoi vouloir la vieille gloire Sous les noirs étendards des villes Où tant de barbares serviles Hurlaient aux astres ma victoire ?

Avec la lune sur mes yeux Calmes, et l'épée à la main, J’attends luire le lendemain Qui tracera mon signe aux cieux.

Pourtant l’espoir de la conquête Me gonfle le cœur de ses rages : Ai-je entendu, vainqueur des âges, Des trompettes dans la tempête ?

Ou sont-ce les cloches de fer Qui sonnèrent trop de printemps ? Je suis ce roi des anciens temps Dont la cité dort sous la mer.

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