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1895

IV

Stuart MERRILL

Mon royaume est plein de cavalcades Caracolant vers des plaines d’or Aux fanfares magiques d’un cor Qui décèlera les embuscades.

Vers l'Occident surgissent, vermeils, Les pinacles de la Cité sainte, Où dix mille étendards, sur l’enceinte, S’empourprèrent du sang des soleils.

Tôt tonneront, avec les cymbales, Les tympanons des Barbares noirs, Signal de la bataille des soirs Qui cabrera les pâles cavales.

Les haches heurteront de l’estoc, Les casques incrustés d’escarboucles, D’où s’écrouleront, rouges, les boucles Des Païens rebroussés sous le choc.

Et leur Prince, sonnant les alarmes, S’échouera dans les flaques de sang Aux foudres du cor retentissant Par-dessus le vacarme des armes.

Je tordrai dans mon poing les cheveux Des folles qui pleurent sous les tentes La déroute des hordes chantantes Dont elles assouvissaient les vœux.

Que l’on danse d’amour devant l’Arche Qui nous mène, au rire des clairons, Vers la rive où, doux, nous puiserons L’oubli de la lutte et de la marche !

Je vous livre tout l’or du Trésor, O vous de la croisade des rêves, Et les gemmes frivoles des grèves D’où la tarasque prend son essor.

Car seul dans le temple du Silence Où mourra la voix de vos adieux, Je veux ravir, comparable aux dieux, La Coupe, la Couronne et la Lance.

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