Le beau tueur de loups, le jeune homme aux bras forts Sur ma couche rompue a joui de mon corps. Ton choc fut rude, Agnar ! sans prière ni piège, Soudain, hurlant, pareil à la trombe de neige
Qui frappe, emporte, abat le sapin résistant ; Et ma force, en tes bras sœur des joncs de l'étang, A subi ta vigueur redoutable, avec joie ! Mais tu dors trop longtemps, jeune loup, sur ta proie,
Car un dessein hardi qu'irrite ta langueur Rôde impatiemment dans l'ombre de mon cœur. Pendant que le vieillard, ton époux et mon hôte, Éventre du harpon les narvals de la côte,
J'ai vu, des flancs profonds aux cimes des seins durs, Luire ta neige nue en tes cheveux obscurs. Mais quel penser semblable aux bêtes de carnage Rôde en ton sombre cœur sous le toit que j'outrage ?
J'ai dressé, pour ce jour, le faucon de la mort. La femme rêve au mal pendant que l'homme dort. Attends-tu que le bloc de glace, qui surplombe, Croulant, fasse au vieillard un couvercle de tombe ?
Ou que le bord fangeux qu'on sent trop tard plier Vers le geyser lui creuse un rapide escalier ? Cesse de me tenter, femme aux sombres amorces. Il revient, le pêcheur de phoques et de morses,
Le vieil époux, visqueux d'eau marine, cassé Sous le fardeau puant du poisson dépecé, Et sa barbe essuîra, d'huiles rances infecte, Ma bouche que le sang de tes baisers humecte
Ah ! le bloc au glacier tient trop ferme pour choir, Le vieux minuit n'a pas de brouillard assez noir Pour qu'à des yeux rusés le gouffre ouvert s'y cache : Mais ton bras est robuste, et j'aiguise ta hache !
Grâce ! Il est mon ami. Frappe ! il est mon époux. Quoi ! tu n'as point pitié ? Quoi ! tu n'es point jaloux ?
Chasseur, c'est un scrupule où la crainte se mêle Que d'épargner le mâle, ayant pris la femelle, Et tu ne m'aimes point si tu ne le hais pas ! Je vis dans sa maison.
J'y dors entre ses bras ! Le meurtre laisse au fer une durable rouille. Homme, saisis la hache, ou, femme, la quenouille ! La tête roulerait, sinistre, aux cheveux blancs.
Je me suis éveillée un lâche sur les flancs ! Quand passe un jeune ourson, bête à peine poilue, Ta bravoure se range, et, prudente, salue ; Et si leur vil troupeau te mordait aux genoux,
Pour en être épargné tu lécherais les loups ! Paix ! Le baiser sied mieux que l'injure à tes lèvres. Va t'accoupler avec les femelles des lièvres ! Surtout, soyez prudents : pour vous apparier,
Élisez un lieu calme et voisin du terrier ; Là, pullulez, bon couple, et broutez, pêle-mêle, Prêts à fuir, les petits pendus à la mamelle, Quand la neige a craqué sous la chute des glands.
— Tu ne m'embrasseras qu'avec des bras sanglants !
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