Pendant que plein d'un songe où rit un nouveau-né Ronfle du lourd vieillard le sommeil aviné, J'ai déserté la couche et franchi les clôtures, Cherchant l'ami des loups, le jeune homme aux mains pures.
Sans doute en un lieu calme il est couché, dormant, Ou bien prend son épieu, loin du fer, prudemment, Et du manche dressé sur qui pèse une pierre, Subtil, prépare un piège à la loutre guerrière,
Ou de fils de bouleau qu'il croise et noue entre eux Trame une forte embûche aux lapins dangereux. Emporte-moi, tourmente ! Ouvre-toi, fondrière ! Écoute, homme qui fuis.
Femme hideuse, arrière ! Le lièvre même attend quand nul ne le poursuit. Le cou sans tête règne au milieu de la nuit ! La peur de l'action a causé ta démence.
L'épi rouge est sorti de ta noire semence : J'ai frappé le vieil homme au détour du chemin ! Le vieil homme en son lit s'éveillera demain. Sa vie à mes doigts gèle, et, par caillots, s'arrête !
Tu les trempas au ventre ouvert de quelque bête. Ce fut dans le silence un long gémissement ! Le pétrel a râlé dans l'espace dormant. Elle a roulé, la tête à chevelure blanche !
Parfois tombe, ressaute et croule l'avalanche. La pâle pente est rose au loin sous le ciel noir ! Le soleil s'est levé sur les neiges, ce soir. Tu peux voir l'homme mort si tu tournes la roche !
J'ai vu l'homme vivant, tout à l'heure, et trop proche. Tu mens : je l'ai tué ! Ris, quand je te croirai. Tué ! tué ! — tiens, vois !
Épouvante ! il dit vrai. Oh ! l'orbe atroce et plein qui dégorge un flot rouge ! Pour ne l'avoir point vu, vif encore et qui bouge, Que n'as-tu, lâche Agnar, de tes doigts furieux,
Hors de leurs trous creusés fait jaillir tes deux yeux ! Donc les morts sont vivants. La mort est une porte Qui reste entre-bâillée afin que Ton ressorte. Hache de l'assassin ! assaille l'homme, abats
Sa tête sur ses pieds, son bras après son bras, Comme fait la cognée au sapin qu'elle émonde, Que le tronc reste en haut, festin de l'aigle immonde, Et que le crâne roule au fond du creux ravin,
Le mort, calme, se dresse après le meurtre vain, Rattache ses deux bras, sans se hâter, rajuste Sa tête, dans le val ramassée, à son buste, Rentre au logis, d'un pas ni trop lent ni trop prompt,
Donne le gai bonsoir, baise sa femme au front, Parle, écoute un récit dont il rit ou se fâche, N'en fait point de l'abîme effrayant qui le lâche ! Et s'endort, souriant, les yeux clos à demi,
Comme s'il n'était pas pour toujours endormi ! L'étroit sépulcre même où le ver les travaille Ne retient pas des morts la sourde relevaille. L'être, sous les granits entassés, vains fardeaux
Que disjoint la poussée horrible de son dos, Reprend son crâne aux rats, ses os à la belette, Et rassemblant sa chair autour de son squelette, Sans que l'odeur attire à son — toit le corbeau,
Vient coucher dans son lit, étant las du tombeau ! C'est une étrange foi qui succède à ton doute. Je parle à ce rusé cadavre qui m'écoute ! J'ai dit vrai, n'est-ce pas, vieux Snorro ? N'est-ce pas
Que le mari posthume a dormi dans mes bras, Et qu'instruit dans la mort des trahisons vivantes, Tu vins, homme ! vouant aux justes épouvantes L'épouse instigatrice et l'amant égorgeur,
Dans mon ventre adultère enfanter ton vengeur !
Cookies on Poetry Cove