Quand il avait grand'faim, ayant longtemps mangé De l'herbe comme un faon, des mûres comme un geai, Le petit Salëun s'en allait à l'aumône. A Dol, à Saint-Briac, dès qu'on sortait du prône,
Lui, comme un passereau qui quête un grain de mil, « Maria ! Maria ! Maria ! » disait-il ; Rien de plus, mais d'un air si plaintif et si tendre Que tous avaient chagrin et plaisir à l'entendre.
Ou, s'il voyait quelqu'un devant l'âtre attablé, Il disait en montrant le pain d'orge et de blé, Mais tout bas, car le bruit peut fâcher quand on mange : « J'y mordrais bien aussi, si j'en avais ! » Pauvre ange !
Or, de Dol à Kergloff, il n'est que bons chrétiens ; Nul ne criait : « Va-t'en ! » Plus d'un répondait : « Tiens, Prends ! » Et, le soir, tout seul, dans la lande lointaine, Il mangeait sous un arbre, au bord de sa fontaine.
Quand il avait grand froid, — les hivers sont plus durs Si c'est les quatre vents qui sont les quatre murs, — Le petit Salëun se hissait dans son arbre. Il neigeait, il gelait à fendre pierre et marbre,
Et l'enfant, comme après la tonte une brebis, N'avait que sa peau rose hélas ! pour tous habits. Mais il se cramponnait des doigts aux branches grêles, Allait, venait, montait, planait, avait des ailes,
En chantant : « Maria ! Maria ! » sous les cieux. Le charreton qui passe avec un bruit d'essieux S'imaginait, n'osant regarder en arrière, Qu'un bel oiseau faisait dans l'arbre sa prière.
A présent qu'on l'a mis en la châsse d'or fin, Le petit Salëun n'a plus ni froid ni faim. Seulement, sous son arbre, au bord de sa fontaine, Un beau lys a poussé dans la lande lointaine,
Un lys si beau que nul n'en vit jamais de tel ; L'été, l'hiver, n'importe, il fleurit, immortel, Plein d'un parfum plus doux qu'un encens de chapelle ; Et si, passant par là, le soir, quelqu'un appelle :
« Salëun ! Salëun ! » le frêle lys mouvant Murmure : « Maria ! Maria ! » dans le vent…
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