Alors dans le minuit plein d'un vent de colère, S'empourpre horriblement le grand caillot solaire ! Explosion haineuse, il crève, éclaboussant Toute l'immensité des ténèbres, de sang !
Et sous lui sanglotante, une large coulée, Mare sur les plateaux, gave dans la vallée, Précipite aux bas-fonds son flot torrentiel Qui rejaillit, geyser de pourpre, vers le ciel !
Sans bornes se répand l'effusion vermeille : Sous la brume aux vapeurs des massacres pareille, Les glaciers sont de grands miroirs érubescents ; Tiède comme un linceul sur des meurtres récents,
La neige en ses grands plis, sanglante, se dilate. L'île déroule au loin son désert d'écarlate Que prolonge la morne et rouge inclinaison Des glaces de la mer vers le rose horizon,
Et doublant l'incarnat sans fin de l'étendue, La nuée, en glaçons de rubis suspendue, Semble une mer de sang figé, qui planerait ! Vers la haute blessure, un loup hurle, en arrêt ;
Et la femelle, folle et mordant ses entrailles, Détestable berceau de proches funérailles, Va, revient, court, veut fuir le grand carnage épars ; Mais toujours plus sanglant, s'étend de toutes parts
Sous les frissons vermeils du brouillard qui s'effraie, Le deuil rouge, éclairé par une énorme plaie ! Il cessa de couler, pourtant, le hideux flux ! L'homme, était-il vengé ? L'astre ne saigna plus.
Du levant au ponant, des profondeurs au faîte, Sous le ciel rassombri la blancheur s'est refaite ; Certes aux jours marqués pour ses retours fréquents L'astre polaire, au loin, sur d'anciens volcans,
Se lève, mais spectral et pâle, et, sans colère, Dessillant dans la brume un œil crépusculaire. Dans la lividité du minuit persistant, L'île blafarde, au loin solitaire, s'étend,
Jusqu'à ce que les nefs de l'antique pilote, Dans l'orageux chaos où leur désastre flotte, Rompant l'ancre scellée aux rocs des vieux destins, Marquent, l'homme étant mort sous les soleils éteints,
Le terme pour ce globe et ses vides demeures De l'immémoriale antiquité des heures.
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