La belle jeune louve amoureuse du mâle Rampe, se tend, clôt l'œil, bâille avec un doux râle. Ils vont bientôt, de faim moins que d'amour grondants, Mordre ensemble une proie où se cherchent les dents,
Puis, quand le flanc repu sur le festin se vautre, Tendres, lécher du meurtre aux lèvres l'un de l'autre. Mais le loup, renversant la gorge, arquant les reins, Voit le soleil ! L'horreur lui rebrousse les crins,
Et cramponné de l'ongle au sol gelé qui craque Il hurle longuement à la vermeille flaque ! Brusque, il s'enfuit. Le vent ne le précède point. Ses bonds roulent. Colère où la terreur se joint,
Il se mord en claquant des dents dans les morsures. Il fuit toujours. L'abîme a des profondeurs sûres : Il y plonge, farouche, et plonge plus avant. Il se plaît dans la neige et dans le sombre vent.
Quand repèse sur lui l'épais brouillard polaire, Il ne sait plus pourquoi sa fuite s'accélère ; Oubliant l'orbe atroce, à vif dans le ciel froid, Il s'arrête, apaisé, se tourne, — et le revoit !
La rougeur en ruisseau jusques à lui serpente Comme s'il eût laissé tout son sang sur la pente. Fou de peur, il jaillit et tente les lieux hauts ! Ses vingt ongles de fer grincent sur les ressauts
De la glace, et ses dents mordent les neiges dures. Les pointes d'un torrent gelé par les froidures Lui déchirent les flancs et ne l'arrêtent pas. Il s'amasse, ou s'allonge, il fait de petits pas
Ou de grands bonds, et quand, noir fardeau qui se hisse, Il surmonte la cime au loin dominatrice, L'écarlate rondeur règne en face de lui ! Alors il geint d'angoisse.
Où donc n'a-t-il pas fui ? Dans la neige. Des crocs, des griffes et du ventre Il défonce le sol où sa forme obscure entre. La dure blancheur casse, ou, sous la chaleur, fond.
Il creuse encor. Autour du trou déjà profond S'élève en bords épais la neige qu'il déplace. Mais la fouille dénude une paroi de glace ! Et la bête, devant l'inattendu miroir,
Se pétrifie en la stupeur de toujours voir, Comme un disque de chair pourpre autour des vertèbres, Le soleil de minuit saigner dans les ténèbres !
Cookies on Poetry Cove