Vois donc, frère, sur le chemin
Ce mendiant qui tend la main.
Qu'il a l'air triste !
Comme sous de très lourds fardeaux
Il courbe la tête et le dos.
Que Dieu l'assiste !
Vois ! il défaille à tous moments.
Ses vieilles mains, ses vêtements
Sont noirs de boue.
Il a honte, le pauvre vieux !
Son manteau lui pend sur les yeux
Et sur la joue.
La charité, Seigneurs, la charité !
Que te faut-il ? parle, vieil homme.
As-tu faim ? As-tu soif ?
Veux-tu faire un bon somme ?
Le pain nous rend la force et le vin la gaîté.
Le sommeil est plein de beaux rêves.
Je n'ai ni soif ni faim. Je dois veiller sans trêves.
La charité, Seigneurs, la charité !
Que te faut-il ? parle, vieil homme.
Un cheval pour la route ?
Ou quelque forte somme ?
Un cheval porte vite au gîte souhaité.
L'argent tente les plus austères.
Je ne voyage point. J'ai de l'or et des terres.
La charité, Seigneurs, la charité !
Que veux-tu donc, passant étrange ?
Ni le pain, ni le vin ?
Ni la nuit dans la grange ?
Ni le bel étalon tout de feu moucheté ?
Ni l'or ou l'argent que l'on compte ?
L'aumône qu'il me faut, c'est la tête du comte !
La charité, mes fils, la charité !