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1876

Le Disciple

Catulle MENDÈS

Le Bouddha rêve, ayant dans ses mains ses orteils. Pourna dit : « Les esprits affranchis sont pareils Au libre vent du nord dans le ciel sans nuage ! Grimpant les rocs, passant les fleuves à la nage,

Aux peuples très-lointains des bords très-reculés, Pour qu'ils soient délivrés et qu'ils soient consolés, Maître, j'apporterai ton dogme secourable. — Si ces peuples, répond le Bouddha vénérable,

T'outragent, ô disciple aimé, que diras-tu ? — Ces peuples sont doués, dirai-je, de vertu, Car ils n'ont point jeté de sable à mes paupières, Et, doux, ne m'ont frappé ni des mains ni de pierres.

— Mais s'ils t'osent frapper de pierres ou des mains ? — Ces peuples sont très-bons, dirai-je, et très-humains. Car leurs mains à lancer des pierres occupées N'ont point levé sur moi de bâtons ni d'épées.

— Mais si leur fer t'atteint ? — Je dirai : Qu'ils sont doux De frapper sans me faire expirer sous les coups ! — Mais si tu meurs ?

— Heureux ceux qui cessent de vivre ! — C'est bien, dit le Bouddha. Va, console, et délivre. »

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