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1868

UN COUP DE SOLEIL

Guy MAUPASSANT

C’était au mois de juin. Tout paraissait en fête. La foule circulait bruyante et sans souci. Je ne sais trop pourquoi j’étais heureux aussi ; Ce bruit, comme une ivresse, avait troublé ma tête.

Le soleil excitait les puissances du corps, Il entrait tout entier jusqu’au fond de mon être, Et je sentais en moi bouillonner ces transports Que le premier soleil au cœur d’Adam fit naître.

Une femme passait ; elle me regarda. Je ne sais pas quel feu son œil sur moi darda, De quel emportement mon âme fut saisie, Mais il me vint soudain comme une frénésie

De me jeter sur elle, un désir furieux De l’étreindre en mes bras et de baiser sa bouche ! Un nuage de sang, rouge, couvrit mes yeux, Et je crus la presser dans un baiser farouche.

Je la serrais, je la ployais, la renversant. Puis, l’enlevant soudain par un effort puissant, Je rejetais du pied la terre, et dans l’espace Ruisselant de soleil, d’un bond, je l’emportais.

Nous allions par le ciel, corps à corps, face à face. Et moi, toujours, vers l’astre embrasé je montais, La pressant sur mon sein d’une étreinte si forte Que dans mes bras crispés je vis qu’elle était morte…

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