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1887

LES FENÊTRES

Stéphane MALLARMÉ

Las du triste hôpital, et de l'encens fétide Qui monte en la blancheur banale des rideaux Vers le grand crucifix ennuyé du mur vide, Le moribond sournois y redresse un vieux dos,

Se traîne et va, moins pour chauffer sa pourriture Que pour voir du soleil sur les pierres, coller Les poils blancs et les os de la maigre figure Aux fenêtres qu'un beau rayon clair veut hâler.

Et la bouche, fiévreuse et d'azur bleu vorace, Telle, jeune, elle alla respirer son trésor, Une peau virginale et de jadis ! encrasse D'un long baiser amer les tièdes carreaux d'or.

Ivre, il vit, oubliant l'horreur des saintes huiles, Les tisanes, l'horloge et le lit infligé, La toux ; et quand le soir saigne parmi les tuiles, Son œil, à l'horizon de lumière gorgé,

Voit des galères d'or, belles comme des cygnes, Sur un fleuve de pourpre et de parfums dormir En berçant l'éclair fauve et riche de leurs lignes Dans un grand nonchaloir chargé de souvenirs !

Ainsi, pris du dégoût de l'homme à l'âme dure Vautré dans le bonheur, où ses seuls appétits Mangent, et qui s'entête à chercher cette ordure Pour l'offrir à la femme allaitant ses petits,

Je fuis et je m'accroche à toutes les croisées D'où l'on tourne l'épaule à la vie et, béni, Dans leur verre, lavé d'éternelles rosées, Que dore le matin chaste de l'Infini

Je me mire et me vois ange ! et je meurs, et j'aime ― Que la vitre soit l'art, soit la mysticité ― À renaître, portant mon rêve en diadème, Au ciel antérieur où fleurit la Beauté !

Mais hélas ! Ici-bas est maître : sa hantise Vient m'écœurer parfois jusqu'en cet abri sûr, Et le vomissement impur de la Bêtise Me force à me boucher le nez devant l'azur.

Est-il moyen, ô Moi qui connais l'amertume, D'enfoncer le cristal par le monstre insulté Et de m'enfuir, avec mes deux ailes sans plume ― Au risque de tomber pendant l'éternité ?

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