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1889

Oraison nocturne

Maurice MAETERLINCK

En mes oraisons endormies Sous de languides visions, J’entends jaillir les passions Et les luxures ennemies.

Je vois un clair de lune amer Sous l’ennui nocturne des rêves Et sur de vénéneuses grèves, La joie errante de la chair.

J’entends s’élever dans mes moelles Des désirs aux horizons verts, Et sous des cieux toujours couverts, Je souffre une soif sans étoiles !

J’entends jaillir dans ma raison Les mauvaises tendresses noires ; Je vois des marais illusoires Sous une éclipse à l’horizon !

Et je meurs sous votre rancune ! Seigneur, ayez pitié, Seigneur, Ouvrez au malade en sueur L’herbe entrevue au clair de lune !

Il est temps, Seigneur, il est temps De faucher la ciguë inculte ! À travers mon espoir occulte Sa lune est verte de serpents !

Et le mal des songes afflue Avec ses péchés en mes yeux, Et j’écoute des jets d’eau bleus Jaillir vers la lune absolue !

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Oraison nocturne · Maurice MAETERLINCK · Poetry Cove