La s’maine, et surtout l’dimanche, Ça devrait pas êt’ permis De nager et d’fair’ la planche Dans l’eau qui coule à Paris.
À Paris, la Seine est trouble Et ça n’est pas drôl’ du tout D’barboter dans du gras double ; J’m’en vas m’baigner à Chatou.
À Chatou, près d’la rivière, Je me transporte aussitôt, Mais j’me dis : « L’eau n’est pas claire, Allons nous baigner plus haut. »
Je marche et j’arrive en face Du dépotoir de Saint-Ouen, Alors je fais un’ grimace, La Seine est jaun’ comme un coing.
Je r’mont’ le cours de la Seine Toujours sur le bord de l’eau En m’disant tout bas : « Pas d’veine, Allons nous baigner plus haut ! »
Plus haut, près du pont d’Asnières, J’m’apprête à faire un plongeon, Mais le fleuv’, chos’ singulière, Est plus noir que du charbon !
Je r’mont’ le cours de la Seine Toujours sur le bord de l’eau, En m’disant tout bas : « Pas d’veine, Allons nous baigner plus haut ! »
Au détour de Courbevoie, Je m’écrie : « C’est là, parbleu ! Que j’me baign’rais avec joie ; Mais le liquide est tout bleu ! »
Je r’mont’ le cours de la Seine Toujours sur le bord de l’eau, En m’disant tout bas : « Pas d’veine, Allons nous baigner plus haut ! »
Bientôt j’arrive à Suresnes Près d’un site ravissant, Mais soudain je vois la Seine Qui devient couleur de sang !
Je r’mont’ le cours de la Seine Toujours sur le bord de l’eau, En m’disant tout bas : « Pas d’veine, Allons nous baigner plus haut ! »
Plein d’une ardeur opiniâtre, Je pousse jusqu’à Meudon ; Mais là, le fleuve est blanchâtre Et roul’ des flots d’amidon !
Je r’mont’ le cours de la Seine Toujours sur le bord de l’eau, En m’disant tout bas : « Pas d’veine, Allons nous baigner plus haut ! »
Enfin, trouvant l’eau moins grasse, Je m’décide à Billancourt ; J’pique un’ tête dans la carcasse D’un chien crevé d’puis quinz’ jours !
Depuis c’jour-là je m’méfie Et chaq’ soir de huit à neuf J'm’en vais sans cérémonie Tirer ma coup’ sous l’Pont-Neuf !
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