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1891

SUICIDE EN PARTIE DOUBLE

Maurice MAC-NAB

Dans un cabaret de Grenelle, En cabinet particulier, Une jeune fille très belle Soupait avec un clerc d’huissier.

Après avoir mangé les huîtres, En buvant le coup du milieu, Ils rédigèrent deux épîtres, Un dernier et touchant adieu :

Mourons ensemble Pour être heureux ; La mort rassemble Les amoureux !

Pendant qu’à ce couple si tendre, Un garçon monte le café, Deux coups de feu se font entendre Et puis un soupir étouffé.

On accourt, on ouvre la porte… Triste scène, horrible décor ! La jeune fille qu’on emporte. En expirant murmure encor :

Mourons ensemble Pour être heureux ; La mort rassemble Les amoureux !

On porte secours au jeune homme. Immobile comme un paquet, Il n’est pas mort, mais c’est tout comme ; Son sang inonde le parquet.

— Vraiment, dit le patron, c’est drôle Comme on se tue en ce moment ; En voilà quinze à tour de rôle Qui font le même testament !

Mourons ensemble Pour être heureux ; La mort rassemble Les amoureux !

— Maladroit ! s’écrie en colère Le docteur qu’on a dépêché : Pourquoi faire le veau par terre Quand on s’est à peine touché ?

— C’est Hortense qu’elle s’appelle, Dit en pleurant le clerc d’huissier ; Je voulais mourir avec elle, La preuve en est sur le papier.

Mourons ensemble Pour être heureux ; La mort rassemble Les amoureux !

Après une longue querelle Je lisais ce drame à Stella : « Ô mon chéri, s’écria-t-elle, Faisons comme ces amants-là ! »

C’est demain matin qu’on se noie (Faut-il qu’un amour soit profond !) Je ferai la planche avec joie Pendant qu’elle ira boire au fond !…

Mourons ensemble Pour être heureux ; La mort rassemble Les amoureux !

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