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1891

SONNET

Maurice MAC-NAB

Depuis Choisy-le-Roi jusqu’au pont de Suresnes On les voit lentement flotter au fil de l’eau, Ils ont le teint blafard comme un tronc de bouleau, Leur ventre a le ton bleu des mortelles gangrènes.

Ah ! qu’ils sont laids à voir pendant les nuits sereines Alors qu’un hydrogène impur gonfle leur peau Comme un chasselas bien mûr de Fontainebleau… Et l’on entend au loin le doux chant des sirènes !

Ils s’en vont par morceaux et nous les achevons : Des citoyens faisant de longues enjambées Vont les cueillir avec des perches recourbées. Ô vieux fleuve blanchi par l’âge et les savons,

Rejette de ton sein les pâles machabées, Car cette eau-là, vois-tu, c’est nous qui la buvons !

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