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1891

LE PENDU

Maurice MAC-NAB

Un garçon venait de se pendre Dans la forêt de Saint-Germain, Pour une fillette au cœur tendre Dont on lui refusait la main.

Un passant, le cœur plein d’alarmes, En voyant qu’il soufflait encor, Dit : « Allons chercher les gendarmes, Peut-être bien qu’il n’est pas mort ! »

Le gendarme, sans perdre haleine, Enfourche son grand cheval blanc. Arrivé chez le capitaine, Il conte la chose en tremblant :

« Un jeune homme vient de se pendre ; À son âge, quel triste sort ! Faut-il qu’on aille le dépendre, Peut-être bien qu’il n’est pas mort ? »

L’officier, frisant sa moustache, Se redresse et répond soudain : « Vraiment c’est une noble tâche Que de soulager son prochain ;

Cependant je n’y puis rien faire, Ça n’est pas de notre ressort. Courez donc chez le commissaire, Le pendu vit peut-être encore ! »

Le commissaire sur la place Se rendit, c’était son devoir. D’un coup d’œil embrassant l’espace, Il cria de tout son pouvoir :

« Un jeune homme vient de se pendre, Accourons avec du renfort. Emportons de quoi le dépendre, Peut-être bien qu’il n’est pas mort ! »

Vers le bois on accourt en troupe. On arrive en soufflant un peu. On saisit la corde, on la coupe, Le cadavre était déjà bleu.

Sur l’herbe foulée on le couche. Un vieux s’approche et dit : « D’abord, Soufflez-lui de l’air dans la bouche, C’est pas possible qu’il soit mort ! »

Les amis pensaient : « Est-ce drôle De se faire périr ainsi ! » La fillette, comme une folle, Criait : « Je veux me pendre aussi ! »

Mais les parents, miséricorde, Murmuraient en pleurant bien fort : « Partageons-nous toujours la corde, Elle est à nous, puisqu’il est mort ! »

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