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1891

LE CLYSOPOMPE

Maurice MAC-NAB

N’auriez-vous pu, madame, à mes regards cacher L’objet dont vous ornez votre chambre à coucher. Je suis observateur, et, si je ne me trompe, Le bijou dont je parle était un clysopompe !

Jamais on n’avait vu pareil irrigateur ! Orné d’un élégant tuyau jaculatoire, Vers le ciel il tendait sa canule d’ivoire. Spectacle sans égal pour l’œil d’un amateur !

Sur la table de nuit dans l’ombre et le mystère, Sans doute il attendait votre prochain clystère… Mais qu’importe si j’ai d’un regard indiscret De vos ablutions pénétré le secret !

Ce qu’il faut vous conter, c’est que la nuit suivante Un cauchemar affreux me remplit d’épouvante : J’ai rêvé… que j’étais clysopompe à mon tour, De vos soins assidus entouré nuit et jour.

Vous me plongiez soudain au fond d’une cuvette, Vous pressiez mon ressort d’une main inquiète, Sans vous douter, hélas ! que votre individu Contre mes yeux n’était nullement défendu.

Et moi je savourais l’horizon grandiose Que je devais, madame, à ma métamorphose. Si bien qu’en m’éveillant je m'étais convaincu D’avoir toute la nuit contemplé votre cul.

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