Un jour le bienheureux Labre Se promenait au soleil. Il s’assit dessous un arbre Pour se livrer au sommeil.
Vint à passer un pauvre homme Tout nu, qui tremblait de froid, En faisant des gestes comme Un ministre sans emploi.
Ah ! pauvre homme, je devine Pourquoi tu trembles si fort. Prends pour couvrir ton échine Ma ch’mise en toile d’Oxford.
Voilà quinze ans que j’la traîne Jour et nuit par tous les temps. Que Dieu sous sa garde prenne Les puces qui sont dedans !
Quand le pauvre eut mis la ch’mise Il tremblait toujours autant ! Maint’nant faut contre la bise Garantir ton bienséant.
Ami, voilà ma culotte, Garde-la comme un trésor, C’est la premier’ fois que j’l’ôte Depuis mon tirage au sort !
Quand il eut couvert son torse, Le pauvre tremblait encor ! Mais sous une rude écorce Le saint cachait un cœur d’or.
Tiens, dit-il, dans ces chaussettes Mets tes pieds avec respect, C’est celles des grandes fêtes, J’ai fait l’tour du monde avec.
Quand il eut mis les chaussettes. Le pauvre tremblait encor. Ami, couvre-toi la tête De ce modeste castor,
Garde-toi de mettre en gage Ce souvenir précieux, Car c’est l’unique héritage Que m’aient laissé mes aïeux !
Quand il eut coiffé le feutre Le pauvre tremblait encor. Ah ! dit l’saint, quoi donc lui feutre, Pour l’arracher à la mort ?
Dis-moi, quelle est ta souffrance, Pourquoi que tu trembl’ ainsi ? — C’est que depuis ma naissance J’ai la danse de Saint-Guy !
Cookies on Poetry Cove