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1886

BALLADE DE LA PETITE BOITEUSE

Maurice MAC-NAB

SOUFFRE-DOULEUR de tous, êtres déshérités, Ils vont clopin-clopant cacher loin du village Le spectacle navrant de leurs infirmités. Ils aiment la forêt et le sentier sauvage

Où des hêtres touffus, des chênes d'un autre âge Enchevêtrent si bien leurs troncs capricieux Qu'ils laissent voir à peine un petit coin des cieux. C'est là, près d'un vieux mur où le lierre s'accroche,

Que vont souvent s'asseoir, en s'essuyant les yeux, La petite boiteuse et le petit bancroche ! Tantôt marchant très vite et tantôt arrêtés, Ils jettent aux échos leur gentil babillage

Qui fait siffler plus haut les merles entêtés. Le petit, par devant, écarte le branchage, Écrasant de son pied avec un grand courage La limace gluante et le crapaud hideux.

Mais, pour tromper l'ennui d'un chemin hasardeux, Sa compagne, en riant, partage une brioche : Et c'est plaisir devoir comme mangent tous deux La petite boiteuse et le petit bancroche !

Voici la nuit ; ils vont à pas précipités, Se retournent encore, admirant davantage Dans le calme du soir les lieux qu'ils ont quittés. La nature les aime et leur donne en partage

Les parfums, les oiseaux, des trésors de feuillage. Voltigez, papillons, au soleil radieux ! Pinsons, soyez plus gais et plus mélodieux ! Parez-vous, fleurs des bois et lierres de la roche.

Pour venger aujourd'hui d'un mépris odieux La petite boiteuse et le petit bancroche ! Princesse, qui voulez aux contes merveilleux Donner le dénouement le plus mystérieux,

Puisqu'une bonne fée aujourd'hui vous rapproche. Venez voir le pays où vécurent très vieux La petite boiteuse et le petit bancroche !

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