Sachez que j’ai baisé sa chevelure, un soir, Préludant aux douceurs d’une nuit tarifée ! Pareille aux rayons d’or d’un vivant ostensoir Elle encadrait si bien sa tête décoiffée
Qu’elle a ravi mes yeux ! Ô blonde ébouriffée, Que j’appelais alors la belle au bois dormant ! Mais, depuis, jamais plus je ne fus son amant ! Elle n’était, hélas ! cette auréole fauve,
Qu’un simulacre vain, un trompeur ornement ! Laissez dormir en paix la demoiselle chauve ! Au banquet de l’amour allez donc vous asseoir, Naïf passant qu’appelle une voix étouffée !
Croyez donc aux cheveux qu’on déroule au boudoir !… Le démon du désir, nocturne coryphée, Guette avec des parfums votre tête échauffée. La charmeuse se frise avec acharnement,
Croyant qu’on peut user du fer impunément ! Elle entasse à plaisir verveine, iris, guimauve, Jusqu’au jour où son crâne est nu complètement ! Laissez dormir en paix la demoiselle chauve !
Chauve à vingt ans ! J’ai fui sans avoir dit bonsoir Emportant avec moi les nattes de la fée ! Et depuis sa beauté n’a plus de repoussoir. J’ai suspendu chez moi ce curieux trophée,
Muni d’une étiquette avec soin paraphée ! Ô femme, ta toison n’est plus qu’un document Que je vais contempler philosophiquement ! Malheur à qui n’a plus l’illusion qui sauve,
Et devant des cheveux fait encore un serment ; Laissez dormir en paix la demoiselle chauve ! Prince, chez qui j’ai vu tout un assortiment De cheveux féminins rangés artistement,
Si vous aimez toujours, et, d’alcôve en alcôve, Si vous fauchez encore la moisson de l’amant, Laissez dormir en paix la demoiselle chauve !
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