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1891

BALLADE

Maurice MAC-NAB

Depuis le matin jusqu’au soir Guettant les âmes généreuses, Nous naviguons sur le trottoir, Assis sur nos cuisses cagneuses

Dans des voitures merveilleuses, Et nous bousculons les passants Pour qu’ils soient plus compatissants, La police à nous s’accoutume,

Mais nous nous moquons des agents Quand nous roulons sur le bitume ! Parfois il se met à pleuvoir Sur nos troupes tumultueuses,

Alors nous nous penchons pour voir Par-dessous les dames rieuses Qui relèvent leurs balayeuses : Quand on voit des bas éclatants,

Ça console du mauvais temps ! Puis, pour se sécher, on s’allume Un brûle-gueule entre les dents Quand nous roulons sur le bitume !

Mais voilà que le désespoir Courbe nos têtes soucieuses. Les temps sont durs, il va falloir Chômer : adieu les nuits joyeuses

Où l’on trinquait avec des gueuses ! Nous avons tant de concurrents ! Les gens passent indifférents ; Les chiens même, pleins d’amertume,

Ne flairent plus nos bienséants Quand nous roulons sur le bitume ! Reines des trottoirs opulents Qui vous promenez à pas lents

Dans un riche et galant costume, Envoyez-nous donc des clients Quand nous roulons sur le bitume !

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