Au Lecteur. AMis Lecteur, ayant veu ces jours passez v- ne Corneille Parisien- ne, si dextrement des- guisée de nos plumes, que si son autheur eut eu le sens de luy cacher la queue, on eut peu prendre aise- ment l'auorton pour legitime. I'ay bien voulu t'en aduertir, pour te faire rire auec moy, de ces esprits ambitieux sem- blables aux comediens, qui vaillants peu ou rien en leur persones, flattent l'o- reille de ceux qu' ils se veullent obliger, par les representations de celles, qu' ils
ne scauent imiter que comme le Diable les Eremites, poussant tousiours quelque corne à trauers le capuchon, qui en ac- cuse la tromperie; le nom du Seigneur de Perrochel que ce temeraire vole, aussy bien que le reste de son liure, n'en reçoit pas moins d'affront que celuy qu' on accuse d'authoriser le voleur, pour auoir part au larcin. Ceste laschetté ne- antmoins n'at esté du tout inutile, me faisant coniecturer, que puis que la pre- miere edition de tous ces petits emble- mes auoit trouué tant d'acceuil en ta courtoisie & bien veiullance, ie n'en de- uois augurer moins pour celle que ie t'offre maintenant si richemēt remplu- mée, qu' elle pourra te sembler plustost nouuelle que seconde. Puisse elle auoir le succez que le zele de son Autheur luy souhaitte, qui n'est que d auiuer en ta
poictrine les flammes mourantes de l'A- mour diuin & le resusciter des cendres de l'humain. Son esprit sera satisfaict si le tombeau de celuy cy peut estre le ber- ceau de celuyla. Et ta vertu recompen- sée, si la pieté du dessein te le fait trouuer agreable. Adieu.
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