Skip to content
1888

VERS LES YEUX DES SIRÈNES

Pierre LOUŸS

Qu’on déserte la ville ! Que nul ne rallume L’autel ! Nous laisserons à tout jamais, ce soir, Les dieux horribles de la terre, et dans le noir Nous partirons, suivis par un frisson d’écume…

La nef impérieuse à travers l’amertume Bondira, tranchant l’eau du fil de son coupoir, Et nous nous pencherons sur la proue, à l’espoir De vos terribles voix, déesses de la brume !

Grands poissons glauques d’où fleurissent des corps blancs, Nus miroirs de la lune et des flots nonchalants, Vous qui chantez vos yeux dans les algues, Sirènes ! Quand nous aurons touché vos bouches, vous pourrez,

D’un signe seulement de vos doigts adorés, Délivrer dans la mort nos âmes plus sereines.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
VERS LES YEUX DES SIRÈNES · Pierre LOUŸS · Poetry Cove