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1888

TRISTESSE

Pierre LOUŸS

La brise du matin chantait sur les îlots. Tout bruissait, à l’heure où tout est près d’éclore. La nature amoureuse était pleine d’aurore Et berçait ma tristesse au rythme des grands flots.

La mer rose semblait, elle aussi, du complot ; Sa tendresse m’était une souffrance encore, Et, quand l’Astre surgit de la plaine sonore, Le soleil de mon cœur sombrait dans un sanglot.

Je pleurais, et la mer exultait, triomphante ; Et tous les désespoirs que la douleur enfante Comme des cris d’oiseaux s’en allaient dans les vents. Pourquoi tout cet amour, quand l’homme n’est que haine ?

Pourquoi les jeunes flots et les soleils levants Devant l’éternité de la misère humaine ?

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TRISTESSE · Pierre LOUŸS · Poetry Cove