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1888

SONNET ADRESSÉ À M. MALLARMÉ

Pierre LOUŸS

Cinquante heures de nuit préparatoire, ô Maître ! Demain s’éblouiront d’aurore, et nous saurons A l’ombre magistrale errante sur nos fronts Qu’on a vu sourdre l’or et la lumière naître.

Eux aussi vont jurer que pas un ne fut traître Au doigt qui désignait l’aube rouge des troncs. Le jour croît. Vous verrez tous les mauvais larrons, Qui fuyaient de vous suivre au désert, reparaître.

Ils donneront à qui méprisa leur troupeau La gloire qu’ils rêvaient de pourpre sur leur peau Et les lauriers d’argent piqués aux fers de lance ; Mais nous n’entendrons pas ces voix soûles de bruit,

Car nous aurons coupé pour le plus pur silence Sous vos pieds créateurs les roses de la nuit.

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