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1888

SONNET

Pierre LOUŸS

Elle avait la voix jeune et les prunelles vives. Ses cheveux partagés illuminaient son front D’un nimbe merveilleux comme les saints en ont Sur les grands vitraux d’or fixés dans les ogives.

Très pâle, mais sans trop d’agonie, en priant Que l’on coupât des fleurs pour mettre sur sa bière, Elle est morte au matin, les yeux pleins de lumière Extasiés au ciel limpide et souriant.

Et sur les buissons blancs et sur les longues branches Les filles ont coupé des lys, des roses blanches, Des fleurs de syringa et des fleurs d’oranger, Afin qu’elle inclinât sous la lueur des cierges

Près du trône de gloire où Dieu va les juger La pureté des lys et la blancheur des vierges.

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SONNET · Pierre LOUŸS · Poetry Cove