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1888

SONNET

Pierre LOUŸS

Étrangère ! Fatale enfant ! Espoir des fées ! Le geste de ta main où luit la fleur d’Endor Destine les héros à la gloire ou la mort Et les voue au travail des bêtes étouffées.

C’est par toi que de sang se payent les trophées Et se crispe la chair sous la dent qui la mord, Et qu’au bois noir où l’arc de frêne vibre encor Une odeur de tuerie éclate par bouffées.

Si le pied triomphal parmi l’ache ou la flouve Foule hors de l’antre un crin de laie ou de louve, Le cri de l’oliphant, qui vocifère au soir L’angoisse de rubis dont s’orne l’âpre corne,

Du fond du passé fabuleux t’appelle à voir La hure bestiale au poing du tueur morne.

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