Skip to content
1888

RÉPONSE

Pierre LOUŸS

Mouche d’or, de rêve et de chair, Ces vers ne feront point partie Du poème qui m’est si cher Où votre grâce est travestie.

J’en ai fait de passionnés Sur votre corps né d’une écume ; Mais l’aubergiste m’a donné La plus mauvaise de ses plumes.

Je vous écris dans le désert, Sur un chameau, sous une palme. Je déjeune. Un singe me sert. Mon burnous a de longs plis calmes.

Vous souvenez-vous ?… — Plus du tout ? — Il fut un temps où sans attendre Vous m’épousiez à Tombouctou Dans les charades les plus tendres.

Nous sommes passés autrefois Dans ces mers de ciel et de sable : C’est pourquoi, ce soir, je vous vois, Chère petite Insaisissable.

À l’ombre de ce haut dattier Une esclave vous déshabille. Voici nu, voici tout entier Votre corps de très jeune fille.

L’ombre nette et le soleil cru Se partagent votre peau brune. Le jour lentement disparu Vous laisse bleue au clair de lune.

Vos petits seins toujours dressés Vous ornent comme deux opales ; Vos cheveux flottent plus foncés Sur vos bras devenus plus pâles.

Et même devant votre amant… — Est-ce décence ou bien parure ? — Vous portez naturellement Un petit pagne de fourrure.

Mon amour, je veux prendre ici Sur un tapis de couleur turque Votre bouche et le point précis Où votre svelte corps bifurque.

Dans la forêt où j’ai coutume De m’en aller au jour levant, Dès l’aube ensommeillée, avant Que l’air ait dispersé la brume,

On peut voir entre les rameaux Des bouts d’azur par échappées, Et, dans les brouillards estompées, Les silhouettes des bouleaux.

Pour compléter le paysage, On y trouve un ruisseau divin Et qui flue au fond d’un ravin Que Delille eût nommé sauvage :

Car sur la mousse où je me vautre, On voit deux énormes rochers Qui se sont un jour arrachés Pour se cogner l’un contre l’autre.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
RÉPONSE · Pierre LOUŸS · Poetry Cove